LUCA SABBATINI

MARIO PILATI SORT ENFIN DE L'OUBLI

GRÀCE À UN CHEF SUISSE, LE RETOUR
D'UN GÉNIE DE LA MUSIQUE ITALIENNE


Jamais entendu parler de Mario Pilati? C'est normal, mais plus pour longtemps. Mort à 35 ans en 1938, ce compositeur napolitain est tout simplement l'une des figures majeures de la musique italienne du siècle dernier. Disparu trop tôt pour donner la pleine mesure de son talent, Pilati n'en laisse pas moins des oeuvres d'une resplendissante beauté, imaginatives, mélodieuses, pleines de vie et de rythmes. Le CD que publie le label des raretés, Marco Polo, réunit quatre partitions parmi les plus représentatives de ce génie foudroyé.

Tombé dans l'oubli pendant plusieurs décennies, Mario Pilati en sort enfin grâce aux efforts conjugués de sa fille, qui habite Lausanne, et du chef d'orchestre zurichois Adriano. Ce n'est pas un hasard si les oeuvres de Pilati lui conviennent si bien. Grand spécialiste des compositeurs de musiques de film, Adriano retrouve chez le Napolitain le sens de la narration, la débauche de couleurs typiques des partitions pour le cinéma, mais irisées par un lyrisme, une nonchalance, un équilibre que seul un Latin pouvait glisser dans sa musique avec autant de naturel.

COUP DE MAÎTRE

L'ampleur du Concerto pour orchestre (1931-32), le raffinement inouï des Trois Pièces (1929), véritables joyaux d'orchestration, l'intensité de la Suite pour cordes et piano (1925), la simplicité touchante de la Berceuse («Ninna-Nanna») de 1938, dressent le portrait d'un compositeur à la forte personnalité, original sans être iconoclaste, émouvant sans être sentimental, rigoureux sans être pédant.

Étonnamment précoce, Pilati n'en a pas moins subi l'influence des grands musiciens qui l'ont précédé. On entend Ravel dans les délicieux Minuetto, Habanera et Furlana qui composent les «Trois Pièces pour orchestre». C'est Mahler qui se profile en filigrane de l'irrésistible et tourbillonnant final «à la Tyrolienne» du Concerto. Partout, le Napolitain paie son tribut au néoclassicisme, style dominant de l'époque, mais toujours dans un esprit d'indépendance et en y insufflant son propre goût pour l'alchimie des timbres.

Après ce coup de maître, il reste à enregistrer les chefs-d'oeuvre que Pilati a légués au répertoire de la musique de chambre, comme son fantastique «Quintette pour piano et cordes», que le Quatuor «Sine Nomine» et le pianiste Philippe Dinkel ont joué en concert en Suisse romande il y a quelques années. Sans oublier les savoureuses chansons pour voix et piano d'inspiration napolitaine...

Mario Pilati: Concerto, 3 Pièces pour orchestre, Suite pour cordes et piano. Orchestre symphonique radio slovaque, direction Adriano. CD Marco Polo 8.225156, distr. Musikvertrieb.


© TRIBUNE DE GENÈVE
09.11.2001